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Sur l'Art ...., Νikitas Μ. Chiotinis, Ed. Indiktos, Athènes, 1998.

Voici le texte introductif de l'album "Zoographies kai schedia de Péris Iérémiadis" de ΝΙΚΗΤΑΣ Μ. ΧΙΩΤΙΝΗΣ sur les barques, édité par la maison d'édition Indiktos, à Athènes, en 1998. Traduction par Catherine Daniélidès (mars 2015).

Sur l’Art…
Préface de Nikita Hiotinis (1998)

                L’ankylose quasi mortelle de « l’art » moderne est due, de toute évidence, à l’ankylose de l’Homme moderne lui-même, qui a manifestement abandonné toute tentative de conciliation avec la Vérité, ce qui le parachèverait en le plaçant à un niveau existentiel supérieur. L’intelligence moderne s’efforce de le convaincre qu’il n’a plus aucune raison de rechercher un sens à l’existence, au-delà de la conception newtonienne du réel et du point de vue de Darwin sur l’Histoire (son Histoire).

                Les historiens et les autres théoriciens, mais aussi les artistes dans leur travail, ignorent curieusement et de façon provocante que ce que nous appelons aujourd’hui l’art – c’est-à-dire la musique, la sculpture, la peinture, l’architecture, la littérature, etc. – a toujours marqué l’effort de toutes les époques pour étendre la puissance de l’Homme en l’amenant à trouver une conciliation avec ce qui était considéré alors comme la réalité du Cosmos ou de l’Histoire,  la Vérité. Ceci, en vue de chercher une place et un rôle dans l’existence, de chercher aussi un sens, au moins à sa propre condition de vie. Grâce à leur Art, les hommes préhistoriques entraient en relation avec la réalité du Cosmos, la Vérité ; ce Cosmos était, à l’origine, un temps et un espace de chaos dépourvu de toutes directions, et il est devenu ensuite l’Univers infini des étoiles. L’art des Égyptiens intégrait l’Homme dans un Espace et un Temps éternel et stable, dans le Monde tel qu’il leur apparaissait à cette époque ou tel qu’ils le concevaient. L’art grec de l’Antiquité a mis en relation l’Homme avec le Monde légendaire de l’anthropocentrisme, dans l’interprétation qu’en donnaient alors les mythes, les philosophes et les poètes. L’art oriental permettait de concilier l’Homme et la Vérité dans la conception qu’en donnèrent ses grands Prêtres, en l’initiant à l’espace du Vide et de l’Infini, comme l’aurait dit André Malraux. L’art chrétien de l’Orient contribuait à relier l’Homme et le Monde de la  Divinité Personnelle, et a été le berceau où le fidèle cultivait sa liberté personnelle, c’est-à-dire sa Relation avec Dieu. Il est évident que la notion de la « beauté » de l’art dépendait du degré auquel elle correspondait dans le champ existentiel de son rapport à la vie humaine, c’est-à-dire du degré de sa participation à l’aventure de la Pensée, en d’autres termes à la construction de l’Histoire elle-même.

                Au XXe siècle, la Physique, c’est-à-dire la seule Pensée Ontologique qui reste, prépare l’entrée de l’humanité dans l’époque post-newtonienne ou post-Physique. Les artistes, ceux qui ont écrit l’histoire de l’Art durant ce siècle, sont revenus avec force sur le devant de la scène, de pair avec les grandes avancées de la Pensée, et peut-être en avance sur elles. L’art de la première moitié de ce siècle – le Cubisme, Paul Klee, Kandinski etc. – exprime la nouvelle réalité de l’espace-temps d’Einstein, alors que de nos jours, la « déconstruction », le « post-structuralisme », sont en accord parfait avec les développements de la Physique contemporaine : les postulats de l’interprétation newtonienne de la réalité semblent avoir été définitivement abandonnés. L’ancienne manière de concevoir l’Espace, le Temps et la Matière, l’ « ici » et le « maintenant », le passé, le présent et le futur, a été également mise en doute. Ainsi la sémiotique et la forme sont-elles abandonnées grâce à l’imagination, à la poésie, et à une « mémoire qui totalise ». On ne cherche plus l’Ordre, la Nature, la réalité elle-même ou la Vérité dans un Être ou dans un Néant, mais dans un processus ou Relation. « On cherche la Nature dans une situation non-physique » selon Peter Eisenman. Les questions ainsi posées reçoivent des réponses peut-être encore un peu maladroites, mais elles préparent clairement une nouvelle époque ou une nouvelle histoire, et en même temps nous renvoient à des Ontologies ou à des Traditions plus anciennes, aujourd’hui oubliées ou dramatiquement dénaturées.

                Cette esquisse nécessairement rapide de la dimension ou de la mission de l’Art constitue aussi une invitation à replacer l’Art en tant que facteur dans l’aventure de la Pensée ; c’est dans cette perspective que nous accueillons les peintures de Péris Iérémiadis. Tout d’abord parce que nous croyons que Iérémiadis travaille consciemment et obstinément avec comme critère cette dimension historique de l’Art. Mais en plus, il n’a pas adhéré au mouvement de la « déconstruction », qui s’est répandu en Europe et en Amérique ; il comprend le grand tournant qui s’est accompli dans la Pensée, mais il le relie de façon magistrale au « dévoilement de notre être le plus profond », comme aurait dit Pikionis, ou, si vous préférez, il le voit avec les yeux de la Tradition, dans un pays qui, peut-être, le contenait déjà. Il rompt lui aussi les chaînes de l’espace newtonien et du Temps linéaire – comme tâchent de le faire les tenants actuels de la déconstruction  ou les post-structuralistes – il nous libère lui aussi de la conception newtonienne de la réalité, mais d’une manière pour nous très familière dans la mesure où elle est tirée de notre propre identité historique. C’est là l’élément le plus important de son œuvre. Pour nous, il faut considérer Péris Iérémiadis comme faisant partie de la classe émergente des intellectuels grecs d’aujourd’hui qui ambitionne de participer à jeu égal au devenir historique international.     

                                                                                                                   Nikitas M. Hiotinis

 

 

L’album Peintures et dessins

de Péris Iérémiadis a été mis en forme

dans l’atelier typographique d’Indiktos

Il a été imprimé chez Georges Bouyiotis

pour la société d’édition Indiktos

à l’occasion de l’exposition du peintre

à la Maison des Lettres et des Arts de Thessalonique

à l’automne 1998.

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



 

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